08 juin 2026

Schémas relationnels : pourquoi répète-t-on les mêmes schémas ?

Personne réfléchissant à des situations et schémas relationnels qui semblent se répéter

Les personnes changent, les contextes aussi, et pourtant certaines relations peuvent finir par provoquer une impression familière : devoir rassurer, craindre l’éloignement, ne plus exprimer ses besoins, beaucoup s’adapter pour préserver la relation, se sentir responsable de l’autre ou prendre ses distances lorsque le lien devient plus proche.

Parfois, ce n’est même pas la situation elle-même qui semble identique, mais ce que l’on finit par ressentir ou par faire dans la relation.

C’est souvent à ce moment-là qu’apparaissent des questions comme : « Pourquoi est-ce que je retombe toujours dans les mêmes situations ? »

Il serait tentant de chercher une cause unique : un certain « type » de partenaire, une expérience passée particulière, un style d’attachement ou encore un trait de personnalité.

En réalité, les dynamiques relationnelles sont généralement plus complexes.

Notre manière d’entrer en relation peut être influencée par notre histoire, nos expériences, les représentations que nous avons progressivement construites de nous-mêmes et des autres, mais également par la personne rencontrée, le contexte et ce qui se construit entre deux individus.

Parler de répétition ne signifie donc pas que nous choisissons consciemment de revivre les mêmes situations, ni que notre passé déterminerait à l’avance nos relations futures.

Il peut cependant être intéressant de se demander ce qui, d’une relation à l’autre, semble devenir familier.

Et pour cela, il faut parfois déplacer légèrement la question.

« Pourquoi est-ce que je rencontre toujours les mêmes personnes ? »

« Qu’est-ce qui tend à revenir dans ma manière de vivre certaines relations ? »

Qu’appelle-t-on un schéma relationnel ?

Le terme « schéma relationnel » est utilisé ici dans un sens volontairement large.

Il ne désigne ni un diagnostic ni nécessairement l’un des « schémas précoces » définis dans la thérapie des schémas.

Il permet plutôt de parler d’une configuration relationnelle qui semble se retrouver, sous différentes formes, dans plusieurs situations ou plusieurs relations.

Cette répétition peut concerner ce que nous ressentons, ce que nous attendons de l’autre, ce que nous redoutons, la manière dont nous interprétons certains de ses comportements ou encore la façon dont nous réagissons lorsque la relation devient source d’incertitude.

Par exemple, une personne peut remarquer qu’elle finit régulièrement par :

  • se sentir responsable du bien-être de l’autre ;
  • avoir peur de décevoir lorsqu’elle exprime un besoin ;
  • rechercher davantage de réassurance lorsqu’elle perçoit une distance ;
  • éviter les désaccords par crainte de fragiliser la relation ;
  • beaucoup s’adapter avant même de savoir ce qu’elle souhaite elle-même ;
  • se retirer lorsqu’une relation devient particulièrement proche ou intense.

Pris isolément, aucun de ces comportements ne permet de conclure à l’existence d’un « schéma ».

Ils peuvent parfaitement apparaître ponctuellement en fonction d’une situation.

C’est davantage leur caractère récurrent, la dynamique dans laquelle ils s’inscrivent et la manière dont ils sont vécus par la personne qui peuvent devenir intéressants à observer.

Un schéma relationnel n’est donc pas seulement un comportement.

Prenons une situation simple.

Une personne importante répond moins rapidement que d’habitude à un message.

La situation objective est : l’autre répond moins rapidement.

Mais ce qui se passe ensuite peut être très différent selon les personnes.

L’une pourra penser : « Il doit être occupé. »

Une autre pourra rapidement imaginer : « Il prend ses distances ».

Cette interprétation peut susciter une inquiétude, puis la peur que l’autre s’éloigne. Pour diminuer cette incertitude, la personne peut chercher davantage de signes de réassurance.

Cette réassurance peut apporter un soulagement momentané, sans nécessairement apaiser durablement la crainte.

On commence alors à voir apparaître une dynamique :

Situation Interprétation Émotion Crainte Réaction Effet de cette réaction

Ce n’est donc pas uniquement le comportement final qui importe.

Ce qui peut être intéressant est de comprendre comment plusieurs éléments s’articulent entre eux.

Cette façon de penser les relations rejoint d’ailleurs certains travaux psychodynamiques consacrés aux configurations relationnelles répétitives. La méthode du Core Conflictual Relationship Theme de Lester Luborsky, par exemple, cherche à repérer dans différents récits relationnels trois dimensions : ce que la personne souhaite dans la relation, la manière dont elle perçoit la réponse de l’autre et la façon dont elle-même réagit.

Il ne s’agit évidemment pas d’appliquer soi-même cette méthode à ses relations, mais elle met en évidence une idée importante :

Une répétition relationnelle peut concerner une dynamique entre plusieurs éléments, et pas simplement un comportement isolé.

Ce qui se répète n’est pas toujours « le même type de personne »

Lorsqu’une personne constate des difficultés relationnelles récurrentes , une première explication vient facilement :

« Je tombe toujours sur le même type de personne. »

Et parfois, il existe effectivement des ressemblances entre les personnes rencontrées. Mais ce n’est pas la seule dimension qui mérite d’être observée.

Deux personnes peuvent être très différentes dans leur personnalité, leur histoire ou leur manière de fonctionner, tout en faisant émerger chez quelqu’un une expérience relationnelle qui lui semble similaire.

Ce qui revient peut être, par exemple :

  • « Je finis toujours par avoir peur qu’on m’abandonne. »
  • « Je deviens progressivement responsable de tout. »
  • « Je n’ose plus dire ce qui me dérange. »
  • « J’ai besoin d’être constamment rassuré·e. »
  • « Dès que quelqu’un devient important pour moi, je commence à prendre mes distances. »

La question n’est alors plus seulement : « Qu’ont toutes ces personnes en commun ? » mais aussi :

« Quelle place est-ce que je finis régulièrement par prendre dans ces relations ? »

Cette distinction est importante.

Elle évite de réduire les répétitions relationnelles à une succession de « mauvaises rencontres », mais elle évite également de faire porter toute la responsabilité sur la personne elle-même.

Une relation est toujours une dynamique qui se construit à plusieurs.

Les réactions d’une personne influencent celles de l’autre, qui peuvent à leur tour renforcer certaines craintes ou certaines manières de réagir.

Par exemple :

Imaginons qu’une personne soit particulièrement sensible aux signes d’éloignement. Lorsqu’elle perçoit une distance, elle peut chercher davantage à être rassurée.

Selon la personne qu’elle a en face d’elle, cette demande peut être accueillie de différentes manières.

Dans certaines relations, elle sera facilement entendue.

Dans d’autres, elle pourra entraîner davantage de retrait chez l’autre.

Ce retrait risque alors de renforcer la crainte initiale :

« Je savais qu’il allait s’éloigner. »

La répétition ne se situe donc pas nécessairement dans une cause unique. Elle peut se construire dans l’interaction entre ce que chacun apporte à la relation.

Les recherches sur les modèles internes d’attachement montrent notamment que des différences existent dans la manière d’interpréter des événements relationnels ambigus, dans les émotions qu’ils suscitent et dans les comportements qui peuvent suivre. Cela soutient l’idée que ce que nous percevons dans une situation relationnelle ne dépend pas uniquement de la situation objective elle-même.

De leur côté, les recherches psychodynamiques sur les patterns relationnels récurrents ont montré qu’il est possible d’identifier, dans différents récits d’une même personne, certaines configurations qui semblent se retrouver à travers plusieurs relations.

Cela ne signifie pas pour autant que nous reproduisons toujours exactement les mêmes relations.

Une relation actuelle n’est jamais la copie conforme d’une relation passée.

Ce qui peut parfois se retrouver, ce sont plutôt certaines attentes, certaines craintes, certaines interprétations ou certaines manières de se positionner face à l’autre.

Et c’est précisément ce déplacement qui peut commencer à rendre une répétition plus compréhensible.

Que peut-on retrouver d’une relation à l’autre ?

Lorsqu’une impression de répétition apparaît, ce n’est pas forcément l’ensemble de la relation qui se reproduit.

Les personnes rencontrées peuvent être différentes, les circonstances aussi. Pourtant, certains éléments de l’expérience relationnelle peuvent sembler revenir.

Il peut s’agir de ce que nous attendons de l’autre, de ce que nous craignons qu’il fasse, des émotions qui apparaissent dans certaines situations ou encore de la manière dont nous réagissons lorsque le lien devient incertain.

Autrement dit, la répétition peut concerner moins un scénario parfaitement identique qu’une configuration relationnelle familière.

Ce que j’attends de l’autre

Nous entrons rarement dans une relation sans attentes. Certaines sont très explicites : être respecté·e, pouvoir compter sur l’autre, être écouté·e. D’autres le sont moins.

Une personne peut, par exemple, attendre beaucoup de signes lui permettant de se sentir importante pour l’autre. Une autre peut être particulièrement attentive au fait que son autonomie soit respectée. Une autre encore peut avoir besoin de sentir qu’elle est utile ou nécessaire dans la relation.

Ces attentes ne sont pas problématiques en elles-mêmes.

Elles deviennent surtout intéressantes à observer lorsqu’une même attente semble prendre une place importante dans différentes relations ou lorsque son absence provoque régulièrement une inquiétude particulière.

Ce que je crains

À côté de ce que nous espérons, il y a aussi ce que nous redoutons.

  • être abandonné·e ;
  • être rejeté·e ;
  • décevoir ;
  • être envahi·e ;
  • ne plus être suffisamment important·e ;
  • dépendre de quelqu’un ;
  • être jugé·e ou ne plus être aimé·e si l’on exprime un désaccord.

Ces craintes ne sont pas nécessairement présentes en permanence.

Elles peuvent surtout apparaître dans certaines situations : lorsque l’autre semble distant, lorsqu’un conflit survient, lorsqu’il faut demander quelque chose ou encore lorsque la relation devient plus proche.

Elles peuvent alors influencer la façon dont une situation est comprise.

Un silence peut être vécu comme un simple silence par une personne, et comme un signe d’éloignement par une autre.

Ce que je ressens

Certaines émotions peuvent elles aussi devenir familières dans nos relations.

Par exemple, se retrouver régulièrement :

  • inquiet·ète lorsque l’autre est moins disponible ;
  • coupable lorsqu’on pose une limite ;
  • en colère lorsqu’on se sent dépendant·e ;
  • honteux·se lorsqu’on exprime un besoin ;
  • impuissant·e lorsque l’autre souffre ;
  • envahi·e lorsque quelqu’un cherche davantage de proximité.

L’émotion ne donne pas à elle seule l’explication de ce qui se passe.

Elle peut néanmoins constituer un indice sur ce qui est particulièrement sensible pour nous dans la relation.

Ce que je fais lorsque cette émotion apparaît

Face à l’incertitude ou à l’inconfort relationnel, nous cherchons souvent à retrouver une forme d’équilibre.

Cela peut passer par des réactions très différentes : demander davantage de réassurance, se rapprocher, se taire, s’adapter, vérifier, prendre soin de l’autre, éviter le conflit, minimiser ses propres besoins ou au contraire prendre de la distance.

Ces réactions peuvent avoir un effet immédiat.

Éviter un désaccord peut, par exemple, diminuer momentanément la peur d’une confrontation.

Demander à être rassuré·e peut réduire une inquiétude.

Prendre ses distances peut rendre une proximité émotionnelle momentanément plus supportable.

C’est pourquoi il peut être difficile de modifier certaines réactions : elles ne persistent pas nécessairement « sans raison ». Elles peuvent avoir une fonction dans le moment où elles apparaissent.

La place que je finis par occuper

Au fil d’une relation, certaines personnes constatent aussi qu’elles finissent régulièrement par occuper une position qui leur semble familière.

  • être celle ou celui qui rassure ;
  • qui prend soin ;
  • qui s’adapte ;
  • qui évite de demander ;
  • qui essaie de maintenir le lien ;
  • qui se sent responsable de l’état émotionnel de l’autre ;
  • ou, au contraire, celle ou celui qui se retire lorsque la relation devient trop intense.

Observer cette place permet parfois de déplacer encore un peu la question :

« Qu’est-ce que je finis régulièrement par faire, ressentir ou craindre lorsque je me retrouve dans certaines relations ? »

Il ne s’agit pas de considérer que nous sommes responsables de tout ce qui se produit dans nos relations. Les comportements de l’autre, la qualité de la relation et le contexte comptent évidemment.

Mais regarder notre propre expérience peut permettre de repérer ce qui semble nous suivre d’une situation à l’autre, même lorsque les personnes rencontrées sont différentes.

Pourquoi certaines manières d’être en relation peuvent-elles devenir familières ?

Si certaines dynamiques semblent revenir, une question apparaît naturellement :

Pourquoi continuons-nous parfois à nous retrouver dans des façons de fonctionner qui peuvent pourtant nous faire souffrir ?

Il n’existe pas une réponse unique.

Notre manière d’être en relation se construit progressivement, à travers de nombreuses expériences : familiales, affectives, amicales, sociales et parfois thérapeutiques.

Au fil de ces expériences, nous développons des attentes sur les autres, des représentations de nous-mêmes dans la relation et différentes façons de réagir lorsque le lien devient source d’incertitude.

Ces façons de fonctionner peuvent alors devenir familières, sans être nécessairement confortables.

Le familier n’est pas toujours ce qui nous fait du bien

Le mot « familier » est important.

Une situation peut nous être familière sans que nous l’aimions ni que nous la recherchions consciemment.

Ce qui nous est familier est simplement quelque chose dont nous connaissons déjà, d’une certaine manière, les repères.

Par exemple, une personne qui a souvent appris à surveiller l’état émotionnel des autres peut devenir particulièrement attentive aux changements d’humeur dans ses relations.

Une personne pour qui exprimer son désaccord a souvent été associé à une tension importante peut avoir tendance à anticiper fortement les conséquences d’un conflit.

Une autre peut avoir appris à compter principalement sur elle-même et ressentir davantage d’inconfort lorsqu’une relation implique de dépendre de quelqu’un ou de montrer une forme de vulnérabilité.

Cela ne signifie pas :

« Vous reproduisez forcément ce que vous avez vécu dans votre enfance. »

Notre histoire n’est pas un programme qui déterminerait automatiquement notre avenir relationnel.

Elle peut néanmoins participer à la construction de certaines attentes, sensibilités et manières de nous protéger qui pourront être mobilisées dans de nouvelles relations.

Nos représentations influencent aussi ce que nous percevons

Au fil des relations, nous construisons progressivement des représentations concernant :

  • qui nous sommes pour les autres ;
  • ce que nous pouvons attendre d’eux ;
  • ce qui risque de se produire lorsque nous nous rapprochons, dépendons, demandons ou nous opposons.

Dans la théorie de l’attachement, on parle notamment de modèles internes pour décrire certaines représentations développées à partir des expériences relationnelles.

Cela ne signifie pas qu’il existe un « style » qui expliquerait à lui seul toute la vie affective d’une personne.

Ces modèles constituent plutôt l’un des cadres permettant de comprendre pourquoi certaines situations relationnelles peuvent être perçues ou vécues différemment d’une personne à l’autre.

Ainsi, lorsque quelqu’un devient moins disponible, une personne peut simplement penser :

« Il est probablement occupé. »

Tandis qu’une autre pourra très rapidement se demander :

« Est-ce qu’il est en train de s’éloigner ? »

Ce n’est pas seulement la situation extérieure qui diffère : la signification qu’elle prend pour chacun peut également être différente.

Certaines réactions peuvent avoir été utiles dans d’autres contextes

Il peut également être intéressant de ne pas considérer immédiatement une réaction répétitive comme quelque chose qu’il faudrait simplement « supprimer ».

Certaines manières de faire ont parfois permis de préserver un équilibre.

  • s’adapter beaucoup peut avoir aidé à maintenir une relation ;
  • éviter un conflit peut avoir permis de diminuer une tension ;
  • prendre soin des autres peut avoir constitué une manière de préserver sa place dans le lien ;
  • prendre rapidement de la distance peut avoir aidé à se protéger d’un sentiment de vulnérabilité.

Cela ne signifie pas que ces comportements soient encore adaptés aujourd’hui.

Mais comprendre ce qu’ils permettent ou ont pu permettre peut être plus fécond que de se demander uniquement :

« Pourquoi est-ce que je fais encore ça ? »

Ce qui était protecteur peut aussi devenir contraignant

Une façon de réagir peut donc avoir une fonction et, en même temps, devenir source de souffrance.

Par exemple :

Craindre l’éloignement
Rechercher beaucoup de réassurance
Se sentir momentanément apaisé·e
Devenir encore plus attentif·ve aux signes de distance
Retrouver progressivement la même inquiétude

Ou :

Craindre le conflit
Ne pas exprimer son désaccord
Éviter une tension immédiate
Accumuler frustration et ressentiment
Finir par se sentir peu entendu·e dans la relation

On comprend alors mieux pourquoi certaines répétitions peuvent persister.

Elles ne reposent pas nécessairement sur une volonté de se faire souffrir ou sur une incapacité à « apprendre de ses erreurs ».

Elles peuvent être entretenues parce que certaines réactions apportent une réponse immédiate à une difficulté émotionnelle, tout en contribuant parfois à maintenir le problème à plus long terme.

Une réaction qui se répète peut-elle avoir une fonction ?

Lorsqu’un comportement nous fait souffrir ou semble se répéter malgré nous, une première réaction consiste souvent à vouloir le faire disparaître.

« Pourquoi est-ce que je fais encore ça ? »

« Je sais pourtant que ça ne m’aide pas. »

« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas simplement à réagir autrement ? »

Ces questions sont compréhensibles. Mais elles peuvent parfois laisser de côté une autre dimension importante :

Qu’est-ce que cette réaction me permet de faire, d’éviter ou d’apaiser au moment où elle apparaît ?

En psychologie clinique, s’intéresser à la fonction d’un comportement ne signifie pas considérer qu’il est adapté, souhaitable ou qu’il doit être conservé.

Il s’agit plutôt d’essayer de comprendre ce qu’il produit pour la personne dans une situation donnée.

Certaines réactions peuvent réduire momentanément une inquiétude

Imaginons qu’une personne craigne particulièrement que l’autre s’éloigne.

Lorsqu’elle perçoit un signe de distance, elle peut chercher davantage à être rassurée : envoyer un message supplémentaire, demander si tout va bien, vérifier certains signes de proximité.

Si elle reçoit une réponse rassurante, son inquiétude diminue.

Le comportement a donc eu un effet immédiat :

Il a permis de réduire momentanément l’incertitude.

La difficulté est que ce soulagement peut rester temporaire.

Une nouvelle ambiguïté peut ensuite réactiver la même inquiétude et conduire à rechercher de nouveau de la réassurance.

Ce qui apporte un apaisement à court terme peut ainsi participer, dans certaines situations, à maintenir une dynamique plus durable.

Éviter peut aussi protéger momentanément

Le même raisonnement peut s’appliquer à l’évitement.

Une personne qui redoute fortement les conflits peut choisir de ne pas exprimer son désaccord.

Sur le moment, cela peut permettre :

  • d’éviter une confrontation ;
  • de préserver l’impression que la relation va bien ;
  • de diminuer une peur de décevoir ou d’être rejeté·e.

Mais à plus long terme, cette stratégie peut parfois avoir un coût : frustration, ressentiment, difficulté à se sentir entendu·e ou impression de ne plus savoir ce que l’on souhaite soi-même.

Là encore, il ne s’agit donc pas simplement d’un comportement « absurde ».

Ce que la réaction permet immédiatement

Ce qu’elle produit progressivement dans la relation

Maintenir le lien, se protéger, retrouver une forme de contrôle

Selon les personnes et les situations, certaines réactions peuvent notamment contribuer à :

  • préserver un lien jugé important ;
  • diminuer une inquiétude ;
  • éviter une émotion difficile ;
  • retrouver une impression de contrôle ;
  • limiter un sentiment de vulnérabilité ;
  • maintenir une certaine image de soi dans la relation.

Une personne peut, par exemple, beaucoup s’adapter parce que l’idée de décevoir l’autre lui paraît difficile à supporter.

Une autre peut prendre ses distances lorsqu’elle commence à se sentir dépendante émotionnellement.

Une autre encore peut prendre soin de tout le monde et éprouver beaucoup de difficulté à se retrouver dans la position de celle qui a besoin d’aide.

Ces façons de réagir n’ont pas nécessairement une signification identique d’une personne à l’autre.

C’est précisément pour cette raison que l’on ne peut pas leur attribuer une fonction universelle.

Comprendre la fonction ne signifie pas justifier le comportement

Cette distinction est essentielle.

Dire qu’une réaction peut avoir une fonction ne revient pas à dire :

« Puisqu’elle vous protège, il ne faut pas la changer. »

Au contraire, il peut être utile de comprendre pourquoi elle revient avant d’essayer simplement de la supprimer.

Une réaction peut à la fois :

Avoir été ou être encore protectrice dans certaines circonstances

et

Devenir source de souffrance lorsqu’elle se rigidifie ou apparaît dans des situations où elle n’est plus nécessaire.

C’est souvent cette ambivalence qui rend certaines répétitions difficiles à modifier.

Elles ne sont pas uniquement coûteuses.

Elles peuvent aussi, au moins momentanément, apporter quelque chose : un soulagement, une protection, un sentiment de sécurité ou une manière connue de traverser une situation difficile.

Une réaction peut donc devenir problématique sans avoir toujours été dépourvue de sens.

Comprendre la fonction possible d’une réaction ne signifie pas qu’elle soit adaptée aujourd’hui ni qu’il faille la conserver.

Pourquoi comprendre un schéma ne suffit-il pas toujours à le modifier ?

Repérer une répétition peut déjà changer beaucoup de choses.

Une personne peut commencer à reconnaître :

« Lorsque j’ai peur que l’autre s’éloigne, je cherche immédiatement à être rassuré·e. »

Ou :

« Lorsque je pense que quelqu’un va être déçu par moi, je finis souvent par renoncer à ce que je voulais demander. »

Cette prise de conscience peut permettre de donner davantage de sens à certaines situations.

Mais elle soulève parfois une nouvelle difficulté :

« Maintenant que je comprends ce qui se passe, pourquoi est-ce que je continue ? »

Parce que comprendre un fonctionnement et pouvoir le modifier lorsqu’il est réellement mobilisé ne sont pas exactement la même chose.

Savoir quelque chose de soi n’empêche pas toujours l’émotion d’apparaître

Il est possible de savoir rationnellement qu’un conflit ne signifie pas nécessairement qu’une relation va se terminer.

Et pourtant, lorsqu’un désaccord survient avec une personne importante, ressentir malgré tout une forte inquiétude.

Il est possible de savoir que poser une limite est légitime.

Et néanmoins éprouver immédiatement de la culpabilité au moment de dire non.

Il est également possible de comprendre que demander constamment de la réassurance entretient une inquiétude… tout en ressentant un besoin très fort de le faire lorsque cette inquiétude apparaît réellement.

Dans ces moments-là, nous ne réagissons pas uniquement à partir de ce que nous savons intellectuellement.

La situation peut mobiliser des émotions, des attentes, des craintes et des façons de se protéger qui ont parfois une certaine ancienneté ou qui se sont beaucoup répétées.

Une réaction habituelle peut apparaître très rapidement

Certaines façons de réagir deviennent suffisamment familières pour se déclencher presque automatiquement.

Avant même d’avoir eu le temps de réfléchir, nous pouvons déjà :

  • nous excuser ;
  • nous adapter ;
  • nous retirer ;
  • vérifier ;
  • chercher à rassurer ;
  • éviter un désaccord.

La compréhension arrive alors parfois après :

« Encore une fois, j’ai dit oui alors que je voulais dire non. »

Le problème n’est donc pas nécessairement un manque de connaissance de soi.

Il peut exister un écart entre :

Ce que je comprends lorsque je réfléchis à la situation

Ce que je ressens lorsque je suis réellement en train de la vivre

Le changement demande parfois d’observer le schéma lorsqu’il se produit

C’est aussi pour cette raison qu’un travail psychologique ne consiste pas uniquement à trouver une explication.

Il peut être nécessaire de revenir progressivement sur :

  • ce qui déclenche la réaction ;
  • ce que la personne ressent à ce moment-là ;
  • ce qu’elle imagine qu’il pourrait se passer si elle faisait autrement ;
  • ce que sa réaction lui permet de préserver ;
  • ce qui devient difficile lorsqu’elle tente une réponse différente.

Dans une approche psychodynamique, cette dimension renvoie notamment au travail d’élaboration : une compréhension ne devient pas nécessairement transformative au moment même où elle apparaît.

Elle peut avoir besoin d’être reprise à travers différentes situations, confrontée à l’expérience et progressivement intégrée.

Faire autrement peut aussi provoquer quelque chose de nouveau

Changer une réaction ne signifie pas simplement supprimer un comportement.

Cela peut exposer la personne à une émotion qu’elle évitait jusque-là.

  • Quelqu’un qui cesse de toujours rassurer peut devoir supporter momentanément l’idée que l’autre soit déçu ou inquiet.
  • Quelqu’un qui commence à poser des limites peut rencontrer davantage de culpabilité.
  • Quelqu’un qui essaie de ne plus demander immédiatement de réassurance peut devoir rester quelque temps avec une incertitude difficile.
  • Quelqu’un qui accepte davantage de proximité peut ressentir une vulnérabilité jusque-là évitée.

Faire autrement peut donc, dans un premier temps, être plus inconfortable et non moins.

Cela explique aussi pourquoi le changement ne suit pas toujours une progression linéaire.

Comprendre peut être un point de départ plutôt qu’un aboutissement

La prise de conscience reste précieuse.

Elle permet de ne plus vivre certaines réactions uniquement comme des comportements incompréhensibles ou comme la preuve que l’on « recommence toujours les mêmes erreurs ».

Mais elle peut ouvrir une étape supplémentaire :

Observer ce qui se passe au moment où la réaction revient, et ce qui devient possible, ou difficile, lorsque l’on tente de se positionner autrement.

C’est souvent dans cet espace entre comprendre, ressentir et expérimenter autre chose que le changement peut progressivement se construire.

Comprendre un schéma ne garantit pas qu’il disparaisse. Mais cela peut permettre de commencer à le reconnaître lorsqu’il apparaît, à interroger ce qu’il protège et, progressivement, à ouvrir d’autres possibilités de réponse.

Que peut permettre un travail thérapeutique ?

Lorsqu’une personne repère qu’une même dynamique semble revenir dans plusieurs relations, l’enjeu n’est pas forcément de trouver rapidement « la cause » ou « le bon comportement à adopter ».

Un travail thérapeutique peut d’abord offrir un espace pour observer plus finement ce qui se passe :

  • dans quelles situations certaines réactions apparaissent ;
  • quelles émotions sont mobilisées ;
  • ce que la personne imagine ou redoute à ce moment-là ;
  • la place qu’elle finit par prendre dans la relation ;
  • ce que certaines réactions lui permettent peut-être d’éviter, d’apaiser ou de préserver.

Ce travail permet progressivement de passer d’une impression générale :

« Je retombe toujours dans les mêmes relations »

à une compréhension plus singulière de ce qui se joue réellement pour la personne.

Mettre en lien ce qui se passe aujourd’hui avec son histoire

Dans une approche psychodynamique, il peut être utile d’explorer comment certaines attentes, certaines peurs ou certaines manières de se protéger se sont construites au fil de l’histoire relationnelle.

L’objectif n’est pas de réduire toutes les difficultés présentes à l’enfance, ni de chercher systématiquement une explication dans le passé.

Il s’agit plutôt de comprendre comment certaines expériences antérieures peuvent encore influencer la manière dont une situation actuelle est vécue , tout en tenant compte de ce qui appartient réellement à la relation présente.

Une même réaction peut ainsi prendre des significations très différentes selon les personnes.

Observer ce qui se passe lorsque l’on essaie de faire autrement

Le travail thérapeutique peut aussi devenir particulièrement intéressant au moment où la personne tente de modifier quelque chose.

  • Dire non alors que l’on s’adapte habituellement peut faire apparaître de la culpabilité.
  • Ne pas demander immédiatement de réassurance peut rendre une incertitude plus difficile à supporter.
  • Exprimer un désaccord peut réveiller une crainte d’être rejeté·e ou de fragiliser le lien.

Le changement ne consiste donc pas seulement à savoir ce qu’il faudrait faire différemment.

Il peut aussi s’agir d’explorer ce que le fait de faire autrement vient mobiliser émotionnellement.

La relation thérapeutique elle-même peut devenir un espace d’observation

Dans une thérapie d’orientation analytique, ce qui se joue dans la relation au psychologue peut également apporter des éléments de compréhension.

Certaines attentes, certaines craintes ou certaines manières de se positionner peuvent parfois apparaître aussi dans l’espace thérapeutique : difficulté à exprimer un désaccord, peur de décevoir, besoin de rassurer, crainte d’être jugé·e, difficulté à demander quelque chose.

Cela peut devenir un matériau de travail, à condition d’être exploré avec prudence et sans conclusions toutes faites.

L’intérêt n’est pas de dire :

« Vous faites cela avec tout le monde. »

Mais plutôt de pouvoir se demander :

« Qu’est-ce qui est en train de se passer ici, et est-ce que cela ressemble à quelque chose que vous connaissez ailleurs ? »

Le travail thérapeutique ne consiste pas seulement à supprimer le schéma

L’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître toute réaction familière.

Il peut être de mieux la reconnaître, de comprendre ce qu’elle mobilise et d’élargir progressivement les possibilités de réponse.

Autrement dit, passer de :

« Je réagis toujours comme ça. »

« Je reconnais ce qui se passe, je comprends davantage ce que cela mobilise, et je peux parfois envisager une autre manière de me positionner. »

Le changement peut être progressif, irrégulier et différent d’une personne à l’autre.

Il ne s’agit donc pas de « sortir définitivement de tous ses schémas », mais de pouvoir développer davantage de liberté dans la manière de vivre certaines relations.

En conclusion

Avoir l’impression de répéter les mêmes schémas relationnels ne signifie pas nécessairement que l’on choisit consciemment les mêmes personnes ou que toutes nos relations seraient déterminées par notre passé.

Ce qui peut revenir d’une relation à l’autre peut être plus subtil : une attente, une crainte, une émotion, une manière d’interpréter certaines situations ou une façon habituelle de se protéger lorsque le lien devient incertain.

Commencer à repérer ces éléments ne donne pas forcément une explication définitive.

Mais cela peut permettre de déplacer la question :

« Pourquoi est-ce que ça recommence ? »

« Qu’est-ce qui semble se rejouer pour moi dans certaines relations ? »

Et cette observation peut déjà constituer un premier point de départ.

Références

Cet article s’appuie notamment sur des travaux issus de la psychologie clinique, de la théorie de l’attachement et des approches psychodynamiques des répétitions relationnelles.

  1. Freud, S. (1914/2005). Remémoration, répétition et perlaboration. Dans Œuvres complètes, XII : 1913-1914, pp. 185-196. Paris : Presses Universitaires de France.
  2. Bowlby, J. (1969/2002). Attachement et perte. Volume 1 : L’attachement, 5e édition. Paris : Presses Universitaires de France.
  3. Roussillon, R. (2001). Le plaisir et la répétition : théorie du processus psychique. Paris : Dunod.
  4. Guédeney, N., Guédeney, A. & Tereno, S. (2021). L’attachement : approche théorique et évaluation, 5e édition. Elsevier Masson.
  5. Luborsky, L. (1977). Measuring a Pervasive Psychic Structure in Psychotherapy: The Core Conflictual Relationship Theme. Dans N. Freedman & S. Grand (dir.), Communicative Structures and Psychic Structures, pp. 367-395. Plenum Press.
  6. Mikulincer, M. & Shaver, P. R. (2016). Attachment in Adulthood: Structure, Dynamics, and Change, 2nd edition. New York : Guilford Press.

À propos de l’autrice

Romane PENA est psychologue clinicienne d’orientation psychodynamique. J'accompagne principalement des adolescents, des adultes et des parents en consultations en ligne. Mon travail porte notamment sur les relations interpersonnelles, les répétitions relationnelles, les émotions, les addictions, les traumatismes, et les difficultés professionnelles.

Découvrir mon parcours et mon approche

Pour aller plus loin

Vous souhaitez commencer à observer ce qui se répète dans vos relations ?

J’ai conçu un guide gratuit :

Pourquoi certains schémas se répètent-ils ?

10 questions pour mieux comprendre ce qui se rejoue dans vos relations.

Ce guide permet d’explorer les situations qui semblent revenir, les émotions et les craintes mobilisées, la place prise dans certaines relations, ce que certaines réactions peuvent permettre d’apaiser et sa propre carte des répétitions relationnelles.

Aperçu du guide gratuit Pourquoi certains schémas se répètent-ils ?
Recevoir gratuitement le guide

PDF • 13 pages • Support de réflexion et de psychoéducation

Ce guide ne constitue ni une évaluation psychologique, ni un diagnostic, ni un substitut à un accompagnement thérapeutique.

Retour au blog