Partir vivre à l’étranger peut être un projet choisi, attendu depuis longtemps, parfois même associé à une amélioration de la qualité de vie, à une opportunité professionnelle ou à l’envie de construire quelque chose de nouveau.
Pourtant, une fois installé·e, certaines personnes sont surprises de constater que des difficultés qu’elles pensaient avoir dépassées semblent reprendre davantage de place.
Une anxiété jusque-là relativement contenue peut devenir plus présente. Le besoin de tout anticiper peut s’intensifier. Certaines tensions dans le couple deviennent plus visibles. La solitude est parfois vécue plus difficilement que prévu. Une fragilité dans l’estime de soi peut réapparaître à la faveur d’un changement professionnel ou d’une perte de repères.
Et une question peut alors émerger :
« Pourquoi est-ce que je me sens plus fragile maintenant, alors que cette expatriation était pourtant quelque chose que je voulais ? »
Il serait tentant de répondre que l’expatriation « révèle qui nous sommes vraiment », ou qu’elle ferait nécessairement remonter des difficultés anciennes.
La réalité est plus nuancée.
Une expatriation peut créer de nouvelles difficultés, amplifier certaines vulnérabilités déjà présentes ou rendre moins efficaces des équilibres qui fonctionnaient jusque-là.
Ces dimensions peuvent d’ailleurs se mêler entre elles.
L’enjeu n’est donc pas de chercher immédiatement si « le problème existait déjà », mais plutôt de comprendre ce que ce changement de contexte vient mobiliser pour une personne particulière.
L’expatriation ne se résume pas à changer de pays
Lorsque l’on pense à l’expatriation, on pense facilement aux éléments les plus visibles : une nouvelle langue, une nouvelle ville, des habitudes différentes, des démarches administratives ou encore une autre culture.
Mais déménager à l’étranger modifie souvent bien davantage que le lieu dans lequel nous vivons.
Cela peut transformer simultanément :
- le réseau social disponible au quotidien ;
- la place occupée dans le travail ;
- la répartition des rôles dans le couple ou la famille ;
- les habitudes et les routines qui structuraient les journées ;
- le sentiment d’autonomie ;
- la facilité avec laquelle on peut demander de l’aide ;
- la manière dont on se sent reconnu·e par les autres ;
- le rapport à sa langue et à ses codes habituels ;
- le sentiment d’appartenance.
La recherche sur l’adaptation internationale montre justement que l’expérience d’un changement de pays dépend de nombreux facteurs personnels, relationnels et contextuels. Le soutien social, le sentiment d’être relié aux autres, les difficultés professionnelles, les contraintes du nouvel environnement ou encore certains facteurs liés à l’acculturation peuvent notamment participer au vécu psychologique de l’expatriation.