10 septembre 2026

Expatriation : pourquoi certaines difficultés psychologiques réapparaissent-elles ?

Personne expatriée réfléchissant face à un nouvel environnement après un changement de pays

Partir vivre à l’étranger peut être un projet choisi, attendu depuis longtemps, parfois même associé à une amélioration de la qualité de vie, à une opportunité professionnelle ou à l’envie de construire quelque chose de nouveau.

Pourtant, une fois installé·e, certaines personnes sont surprises de constater que des difficultés qu’elles pensaient avoir dépassées semblent reprendre davantage de place.

Une anxiété jusque-là relativement contenue peut devenir plus présente. Le besoin de tout anticiper peut s’intensifier. Certaines tensions dans le couple deviennent plus visibles. La solitude est parfois vécue plus difficilement que prévu. Une fragilité dans l’estime de soi peut réapparaître à la faveur d’un changement professionnel ou d’une perte de repères.

Et une question peut alors émerger :

« Pourquoi est-ce que je me sens plus fragile maintenant, alors que cette expatriation était pourtant quelque chose que je voulais ? »

Il serait tentant de répondre que l’expatriation « révèle qui nous sommes vraiment », ou qu’elle ferait nécessairement remonter des difficultés anciennes.

La réalité est plus nuancée.

Une expatriation peut créer de nouvelles difficultés, amplifier certaines vulnérabilités déjà présentes ou rendre moins efficaces des équilibres qui fonctionnaient jusque-là.

Ces dimensions peuvent d’ailleurs se mêler entre elles.

L’enjeu n’est donc pas de chercher immédiatement si « le problème existait déjà », mais plutôt de comprendre ce que ce changement de contexte vient mobiliser pour une personne particulière.

L’expatriation ne se résume pas à changer de pays

Lorsque l’on pense à l’expatriation, on pense facilement aux éléments les plus visibles : une nouvelle langue, une nouvelle ville, des habitudes différentes, des démarches administratives ou encore une autre culture.

Mais déménager à l’étranger modifie souvent bien davantage que le lieu dans lequel nous vivons.

Cela peut transformer simultanément :

  • le réseau social disponible au quotidien ;
  • la place occupée dans le travail ;
  • la répartition des rôles dans le couple ou la famille ;
  • les habitudes et les routines qui structuraient les journées ;
  • le sentiment d’autonomie ;
  • la facilité avec laquelle on peut demander de l’aide ;
  • la manière dont on se sent reconnu·e par les autres ;
  • le rapport à sa langue et à ses codes habituels ;
  • le sentiment d’appartenance.

La recherche sur l’adaptation internationale montre justement que l’expérience d’un changement de pays dépend de nombreux facteurs personnels, relationnels et contextuels. Le soutien social, le sentiment d’être relié aux autres, les difficultés professionnelles, les contraintes du nouvel environnement ou encore certains facteurs liés à l’acculturation peuvent notamment participer au vécu psychologique de l’expatriation.

Changer de pays peut donc aussi signifier changer une partie des appuis sur lesquels nous nous reposions sans toujours en avoir conscience.

Quand nos appuis habituels deviennent moins accessibles

Dans la vie quotidienne, nous disposons généralement de nombreux points d’appui.

Certains sont évidents : la famille, les amis, les collègues, les habitudes.

D’autres le sont beaucoup moins.

Connaître les codes d’une administration. Savoir qui appeler lorsque quelque chose ne va pas. Pouvoir plaisanter facilement dans sa langue. Se sentir compétent dans son environnement professionnel. Connaître la manière dont fonctionnent l’école, les soins, les transports ou les relations sociales.

Tous ces éléments peuvent donner une impression de continuité et de sécurité.

Lors d’une expatriation, certains restent présents, d’autres deviennent plus éloignés, et d’autres encore doivent être reconstruits.

Cela ne signifie pas nécessairement que la personne va mal.

Mais lorsque plusieurs de ces appuis disparaissent en même temps, des situations auparavant relativement faciles à gérer peuvent demander davantage d’énergie psychique.

Par exemple :

Une personne anxieuse peut avoir construit en France un quotidien assez prévisible : des proches disponibles, un médecin connu, un travail maîtrisé, des habitudes installées et une bonne connaissance de son environnement.

À l’étranger, elle peut devoir simultanément apprendre de nouveaux codes, gérer des démarches inhabituelles et fonctionner avec moins de soutien immédiat.

Son anxiété ne signifie alors pas nécessairement que l’expatriation l’a « créée ». Mais le nouvel environnement peut rendre plus visibles certaines difficultés jusque-là mieux compensées.

Les travaux portant spécifiquement sur les expatriés soulignent notamment l’importance du soutien socioémotionnel et du réseau relationnel dans l’adaptation à la vie à l’étranger.

L’expatriation crée-t-elle les difficultés ou les révèle-t-elle ?

C’est probablement l’une des questions les plus délicates.

Et il n’existe pas de réponse valable pour tout le monde.

Plusieurs situations peuvent exister.

Certaines difficultés appartiennent réellement au contexte de l’expatriation

Tout ne doit pas être interprété psychologiquement.

Vivre à l’étranger peut confronter à des difficultés très concrètes :

  • barrière linguistique ;
  • éloignement familial ;
  • isolement social ;
  • perte d’un emploi ou modification importante de la carrière ;
  • dépendance financière vis-à-vis du conjoint ;
  • incertitudes administratives ;
  • différences culturelles importantes ;
  • difficulté d’accès aux soins ou aux services habituels ;
  • discrimination dans certains contextes ;
  • fatigue liée à l’adaptation quotidienne.

Une personne peut donc développer une souffrance dans un environnement nouveau sans que celle-ci soit nécessairement la répétition d’une difficulté ancienne.

Tout malaise en expatriation ne constitue pas le signe d’un conflit psychique ancien qui aurait « refait surface ».

Certaines difficultés peuvent devenir plus visibles

Dans d’autres situations, l’expatriation peut modifier suffisamment l’environnement pour qu’une fragilité déjà connue soit davantage sollicitée.

Une personne qui a toujours eu besoin de beaucoup anticiper peut se retrouver confrontée à davantage d’imprévus.

Quelqu’un qui a du mal à demander de l’aide peut découvrir combien cette difficulté devient coûteuse lorsqu’il ne maîtrise pas encore son environnement.

Une personne sensible au rejet peut être particulièrement déstabilisée par des interactions dont elle comprend moins bien les codes.

Quelqu’un dont l’estime de soi reposait beaucoup sur sa compétence professionnelle peut être fragilisé par une interruption de carrière ou un changement de statut.

Dans ces situations, le contexte actuel et l’histoire de la personne ne s’opposent pas.

C’est parfois leur rencontre qui permet de comprendre pourquoi une même expatriation peut être vécue très différemment d’une personne à l’autre.

Et certaines difficultés peuvent être entièrement nouvelles

Il est tout aussi important de laisser une place à ce qui n’existait pas auparavant.

Une expatriation peut confronter à une perte de statut professionnel jamais vécue, à une solitude nouvelle, à une dépendance financière inhabituelle ou encore à des difficultés familiales directement liées au changement de pays.

Chercher systématiquement une origine ancienne risquerait alors de minimiser ce que la personne est réellement en train de traverser dans le présent.

Quand l’expatriation réactive des difficultés qui existaient déjà

Il arrive cependant qu’une personne reconnaisse quelque chose de familier dans ce qu’elle traverse.

Non pas parce que la situation actuelle serait identique à une situation passée, mais parce que certaines émotions, certaines craintes ou certaines façons de réagir semblent revenir.

Par exemple :

  • une peur de ne pas être à la hauteur dans un nouvel environnement professionnel ;
  • un besoin de tout contrôler lorsque les repères deviennent incertains ;
  • une difficulté à demander de l’aide lorsque l’autonomie habituelle devient moins possible ;
  • une peur de dépendre davantage du conjoint ;
  • une sensibilité au rejet ou à l’exclusion dans de nouveaux groupes sociaux ;
  • une tendance à beaucoup s’adapter pour trouver sa place ;
  • une difficulté à tolérer la solitude ou, au contraire, la dépendance relationnelle.

Ce qui revient n’est donc pas nécessairement un événement précis du passé.

Il peut s’agir d’une manière familière de vivre certaines situations.

La question devient alors moins : « Pourquoi l’expatriation me fait-elle ça ? » que : « Qu’est-ce que cette nouvelle situation vient particulièrement mobiliser chez moi ? »

Cette perspective rejoint le travail que l’on peut mener autour de certaines dynamiques relationnelles répétitives, sans supposer pour autant que tout ce qui se produit aujourd’hui serait déterminé par l’histoire passée.

Certaines vulnérabilités peuvent devenir plus visibles

Anxiété, incertitude et besoin de contrôle

Une expatriation comporte souvent une part d’incertitude.

Même lorsqu’elle a été soigneusement préparée, il reste de nombreux éléments que l’on découvre uniquement une fois sur place.

Pour certaines personnes, cette incertitude reste tolérable.

Pour d’autres, elle peut solliciter plus fortement un besoin de prévoir, de vérifier ou de maîtriser.

Cela peut se manifester par une multiplication des recherches, une anticipation permanente des difficultés, un besoin important de préparer tous les scénarios possibles ou une inquiétude disproportionnée lorsque quelque chose ne se déroule pas comme prévu.

Ces réactions ne doivent pas être interprétées automatiquement comme pathologiques.

Il peut être plus intéressant de se demander :

« Qu’est-ce qui devient particulièrement difficile pour moi lorsque je ne peux plus anticiper ou maîtriser autant qu’avant ? »

Autonomie, dépendance et difficulté à demander de l’aide

Une expatriation peut aussi modifier notre degré d’autonomie.

Une personne très indépendante peut soudainement avoir besoin de son conjoint pour parler la langue, conduire, comprendre certaines démarches administratives ou disposer d’un revenu.

Quelqu’un qui avait l’habitude d’aider les autres peut se retrouver dans la position de celui ou celle qui doit demander.

Ce déplacement peut être banal pour une personne et beaucoup plus inconfortable pour une autre.

Derrière une difficulté apparemment pratique peuvent parfois apparaître des questions plus personnelles autour de la dépendance, de la vulnérabilité ou de la place que l’on accepte de prendre dans une relation.

Estime de soi, travail et sentiment d’identité

Le travail ne représente pas seulement une source de revenus.

Il peut aussi structurer les journées, offrir des relations sociales, donner une place, une reconnaissance et participer à la manière dont une personne se définit.

Lorsqu’une expatriation implique de quitter un emploi, de changer de profession, de travailler dans une langue moins maîtrisée ou de devenir temporairement dépendant·e financièrement de son conjoint, il peut donc se produire bien davantage qu’un simple changement professionnel.

Certaines recherches consacrées aux expatriés et aux conjoints accompagnants montrent justement que la mobilité internationale peut venir interroger différentes dimensions de l’identité et des rôles sociaux ou professionnels. [4,5]

Perdre momentanément une place professionnelle peut parfois aussi venir questionner : « Qui suis-je lorsque je ne peux plus m’appuyer sur ce qui me définissait jusque-là ? »

Couple : quand l’équilibre relationnel est redistribué

L’expatriation peut également modifier l’équilibre du couple.

Il est fréquent que les deux partenaires ne vivent pas exactement la même expatriation.

L’un peut disposer immédiatement d’un travail, de collègues, d’un statut et d’une routine tandis que l’autre doit reconstruire une grande partie de son quotidien.

L’un peut se sentir porté par le projet alors que l’autre ressent davantage les pertes qu’il implique.

Une dépendance financière ou administrative peut apparaître là où la relation était auparavant plus symétrique.

Les recherches sur les familles expatriées montrent d’ailleurs que l’adaptation des différents membres d’une famille est interdépendante et qu’un changement international concerne souvent le système familial dans son ensemble, et pas uniquement la personne dont le travail a motivé le départ.

Une tension nouvelle n’indique donc pas nécessairement que « le couple allait déjà mal ».

Mais une nouvelle répartition des rôles peut aussi rendre plus visibles certaines difficultés antérieures : difficulté à demander, sentiment d’injustice, besoin de reconnaissance, difficulté à dépendre de l’autre ou à exprimer son mécontentement.

Relations sociales et sentiment d’appartenance

Se faire de nouveaux amis adulte n’est pas toujours simple.

À l’étranger, cela peut être encore plus complexe : différences culturelles, langue, mobilité importante des autres expatriés, éloignement du réseau habituel ou difficulté à se sentir réellement appartenir à un groupe.

Or le sentiment de connexion sociale apparaît comme l’une des ressources les plus régulièrement associées à une meilleure adaptation dans les travaux sur les populations vivant à l’étranger.

La solitude peut donc être une conséquence très concrète du changement d’environnement.

Mais elle peut également entrer en résonance avec une manière plus ancienne de vivre les relations : peur de déranger, difficulté à aller vers les autres, impression de ne pas être intéressant·e, besoin d’être rapidement rassuré·e sur la place que l’on occupe.

Là encore, contexte actuel et histoire personnelle peuvent s’entremêler.

Pourquoi une expatriation désirée peut-elle malgré tout être difficile ?

Une idée revient parfois :

« Je l’ai voulu, alors je ne devrais pas me plaindre. »

Cette pensée peut être particulièrement culpabilisante.

Pourtant, désirer quelque chose ne signifie pas que toutes les conséquences de ce choix doivent être agréables.

Il est possible d’avoir envie de vivre à l’étranger et de souffrir de l’éloignement de ses proches.

D’être satisfait·e du pays choisi et de regretter certains aspects de sa vie précédente.

D’être heureux·se pour la carrière de son conjoint et de ressentir en même temps de la frustration concernant la sienne.

D’apprécier une nouvelle vie tout en traversant des moments de solitude.

Deux vécus apparemment contradictoires peuvent coexister : « Je suis content·e d’être ici » et « certaines choses sont difficiles pour moi ici ».

Reconnaître cette ambivalence ne revient pas à remettre nécessairement en question le projet d’expatriation.

Cela permet parfois simplement d’abandonner l’idée qu’une « expatriation réussie » devrait être vécue positivement en permanence.

« Pourtant, tout va bien sur le papier »

Certaines souffrances liées à l’expatriation peuvent être particulièrement difficiles à comprendre lorsqu’aucun problème majeur n’est visible de l’extérieur.

Le logement est agréable. Le niveau de vie est satisfaisant. Le pays est apprécié. La famille semble s’être installée. Le projet était désiré.

Et pourtant quelque chose ne va pas.

Cette situation peut conduire à minimiser ce que l’on ressent :

« Je n’ai aucune raison d’aller mal. »

« D’autres rêveraient d’être à ma place. »

« Je devrais simplement profiter davantage. »

Mais une situation extérieure objectivement favorable n’empêche pas une souffrance psychique.

La question n’est pas seulement de savoir si une expatriation est « bonne » ou « mauvaise ».

Il peut être plus utile de se demander ce qu’elle vient modifier dans les équilibres personnels, professionnels, familiaux et relationnels de la personne.

Est-ce forcément un problème d’adaptation ?

Le terme « adaptation » est fréquemment utilisé lorsque l’on parle d’expatriation.

Il peut être utile, mais il peut également devenir réducteur s’il laisse entendre qu’il existerait une seule bonne manière de vivre à l’étranger.

Toutes les difficultés ne disparaissent pas nécessairement lorsque l’on connaît mieux le pays ou que l’on parle davantage la langue.

Et inversement, ressentir temporairement de la fatigue, de la nostalgie, de l’incertitude ou de la solitude ne signifie pas nécessairement qu’une personne présente un trouble psychologique.

S’adapter ne signifie pas ne plus ressentir de difficulté. Cela peut aussi consister à construire progressivement une manière suffisamment personnelle de vivre dans ce nouvel environnement.

Certaines personnes investissent rapidement le pays d’accueil. D’autres conservent davantage de liens avec leur pays d’origine. Certaines construisent leur équilibre entre plusieurs espaces, plusieurs langues ou plusieurs appartenances.

Il n’existe pas nécessairement un modèle unique auquel il faudrait parvenir.

Quand peut-il être intéressant d’en parler à un psychologue ?

Toutes les difficultés rencontrées à l’étranger ne nécessitent évidemment pas une psychothérapie.

Beaucoup peuvent évoluer avec le temps, la création d’un nouveau réseau, une meilleure connaissance du pays ou des ajustements concrets dans le quotidien.

Il peut cependant être utile d’en parler lorsqu’une souffrance persiste, s’intensifie ou commence à prendre beaucoup de place.

Par exemple lorsque :

  • l’anxiété devient difficile à contenir ;
  • la solitude devient particulièrement douloureuse ;
  • des tensions répétées apparaissent dans le couple ou la famille ;
  • la perte de repères professionnels affecte fortement l’estime de soi ;
  • le sommeil, le travail ou la vie quotidienne commencent à être durablement altérés ;
  • des difficultés que l’on connaissait déjà semblent prendre une place beaucoup plus importante ;
  • on se sent bloqué·e entre l’envie de rester et celle de partir ;
  • on ne comprend plus vraiment ce qui relève du contexte actuel et ce qui semble se répéter.

L’objectif n’est pas nécessairement de déterminer si l’expatriation est « responsable » ou non.

Il peut être de comprendre plus précisément ce qui se joue pour la personne dans cette situation particulière.

Que peut permettre un travail thérapeutique lorsqu’on vit à l’étranger ?

Une psychothérapie ne consiste pas seulement à apprendre à « mieux s’adapter » au pays dans lequel on vit.

Elle peut offrir un espace pour différencier plusieurs dimensions qui ont parfois tendance à se confondre :

  • ce qui appartient aux contraintes réelles du nouvel environnement ;
  • ce qui correspond aux pertes liées au départ ;
  • ce que certaines situations viennent mobiliser émotionnellement ;
  • ce qui semble familier dans la manière de réagir ;
  • ce qui est nouveau dans l’expérience actuelle ;
  • les transformations de la place professionnelle, familiale ou relationnelle ;
  • les conflits entre ce que l’on pensait devoir ressentir et ce que l’on ressent réellement.

Dans une approche psychodynamique, il peut également être intéressant d’explorer comment certaines situations actuelles prennent sens au regard de l’histoire personnelle, sans pour autant réduire toutes les difficultés présentes au passé.

Il ne s’agit pas seulement de se demander : « Comment réussir mon expatriation ? », mais parfois aussi : « Qu’est-ce que cette expérience est en train de mobiliser pour moi ? »

La distance géographique ne rend d’ailleurs pas nécessairement impossible la continuité d’un accompagnement dans sa langue.

Les consultations psychologiques en ligne peuvent notamment permettre aux personnes vivant à l’étranger de disposer d’un espace thérapeutique en français, lorsque cela correspond à leurs besoins et à leur situation.

En conclusion

L’expatriation ne crée pas nécessairement toutes les difficultés qui apparaissent après un départ.

Mais elle ne se contente pas non plus de « révéler » mécaniquement des problèmes qui auraient toujours été là.

Elle modifie un environnement, des repères, des relations, des rôles et parfois une partie des appuis sur lesquels une personne s’était construite.

Dans ce nouveau contexte, certaines difficultés peuvent apparaître pour la première fois.

D’autres peuvent devenir plus visibles.

Et certaines situations peuvent faire résonner des émotions ou des manières de fonctionner déjà familières.

Comprendre ce qui se passe demande donc souvent de tenir ensemble plusieurs dimensions : la réalité du contexte actuel, l’histoire de la personne et ce qui se construit aujourd’hui dans ses relations et son environnement.

Il ne s’agit pas de chercher à tout prix une cause ancienne.

Mais parfois de déplacer la question :

« Pourquoi est-ce que je vais moins bien depuis que je suis parti·e ? »

« Qu’est-ce que cette expatriation est venue modifier, fragiliser ou remettre en mouvement pour moi ? »

Références

Cet article s’appuie notamment sur des travaux de psychologie clinique interculturelle, sur les processus identitaires liés à la migration et sur la littérature consacrée à l’ajustement psychologique lors des mobilités internationales.

  • Daure, I., & Reveyrand-Coulon, O. (2019). Le migrant et sa famille. Défis interculturels en psychologie clinique. ESF Sciences Humaines.
  • Douville, O., Eiguer, A., Lecourt, É., Moro, M. R., Revah-Levy, A., et al. (2012). Différence culturelle et souffrances de l’identité. Paris : Dunod.
  • Yahyaoui, A. (2010). Exil et déracinement. Thérapie familiale des migrants. Paris : Dunod.
  • Black, J. S., Mendenhall, M., & Oddou, G. (1991). Toward a Comprehensive Model of International Adjustment: An Integration of Multiple Theoretical Perspectives. Academy of Management Review, 16(2), 291–317.
  • Shaffer, M. A., & Harrison, D. A. (2001). Forgotten Partners of International Assignments: Development and Test of a Model of Spouse Adjustment. Journal of Applied Psychology, 86(2), 238–254.

À propos de l’autrice

Romane PENA est psychologue clinicienne d’orientation psychodynamique. J'accompagne principalement des adolescents, des adultes et des parents en consultations en ligne. Mon travail porte notamment sur les relations interpersonnelles, les répétitions relationnelles, les émotions, les addictions, les traumatismes, la dépression, les problématiques professionnelles et les difficultés pouvant émerger dans les périodes de transition ou d’expatriation.

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